Douleur : mieux l’évaluer avec la méthode PQRST | Cœur Sacré

Publié le 29 septembre 2026 à 13 h 08

Mieux comprendre la douleur pour mieux la décrire et mieux la soulager

La douleur est une expérience profondément personnelle. Deux personnes peuvent vivre une situation semblable et pourtant ressentir une douleur très différente.

C’est pourquoi il est parfois difficile de répondre simplement à la question : « Où avez-vous mal? »

Pour bien comprendre une douleur, il faut aller un peu plus loin. Il faut observer son intensité, sa qualité, sa durée, ce qui la déclenche, ce qui la soulage et l’impact qu’elle a sur la vie quotidienne.

Au cours des derniers jours, j’ai partagé plusieurs capsules sur ce sujet. J’avais envie de les regrouper ici afin d’offrir un outil simple pour mieux observer, comprendre et communiquer sa douleur.

 

La douleur ne se résume pas à un chiffre

On demande souvent :

« Sur une échelle de 0 à 10, quelle est votre douleur? »

Cette échelle est utile, mais elle ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Une douleur à 5 sur 10 peut être supportable pour une personne et très difficile pour une autre. Elle peut aussi changer selon la fatigue, le stress, le sommeil, l’environnement ou l’état émotionnel.

Le chiffre nous donne donc une indication, mais il faut aussi regarder comment la douleur se manifeste.

Est-elle :

  • brûlante?
  • lancinante?
  • sourde?
  • en pression?
  • comme un élancement?
  • électrique?
  • constante ou intermittente?

Ces mots peuvent aider énormément les professionnels de la santé à mieux comprendre ce que vous vivez.

Le PQRST : une méthode simple pour décrire sa douleur

Le PQRST est une méthode couramment utilisée en santé pour mieux évaluer la douleur.

P – Provocation / Palliation

Qu’est-ce qui déclenche ou augmente la douleur?

Est-ce que certains mouvements, certaines positions ou certains efforts l’aggravent?

Et à l’inverse : qu’est-ce qui la soulage?

Le repos? La chaleur? Le froid? Une médication? Un changement de position? La relaxation?

Q – Qualité

Comment décririez-vous votre douleur?

Est-elle brûlante, piquante, pulsatile, lourde, serrante, profonde, diffuse, électrique?

La façon dont une douleur est décrite peut parfois orienter vers différents mécanismes.

R – Région / Irradiation

Où se trouve la douleur?

Reste-t-elle localisée au même endroit ou se déplace-t-elle?

Par exemple, une douleur peut être ressentie dans le dos et irradier vers une jambe, ou commencer dans la poitrine et se déplacer vers un bras.

S – Sévérité

Quelle est son intensité?

On utilise souvent une échelle de 0 à 10 :

0 signifie aucune douleur.
10 représente la pire douleur imaginable.

L’important est surtout de suivre son évolution.

Une douleur qui passe de 7 à 4 après une intervention nous donne une information très utile.

T – Temps

Depuis quand la douleur est-elle présente?

Est-elle continue ou intermittente?

Dure-t-elle quelques secondes, quelques minutes ou plusieurs heures?

Survient-elle à certains moments de la journée?

Le facteur temps aide souvent à mieux comprendre ce qui se passe.

L’importance d’observer la durée et l’évolution

Une douleur ne se comprend pas seulement au moment où elle apparaît.

Il est utile de noter :

  • quand elle a commencé;
  • combien de temps elle dure;
  • sa fréquence;
  • ce qui semble la déclencher;
  • les traitements essayés;
  • ce qui fonctionne ou non.

Avec le temps, ces observations peuvent révéler certains schémas que l’on ne remarque pas nécessairement sur le moment.

C’est aussi pourquoi je crois beaucoup à l’importance de conserver certaines informations dans un carnet de santé.

Lorsque nous arrivons à un rendez-vous médical avec des observations précises, il devient souvent plus facile d’expliquer ce que nous vivons.

La douleur invisible

Toutes les douleurs ne se voient pas.

Une personne peut sourire, travailler, sortir de chez elle ou poursuivre ses activités tout en vivant quotidiennement avec une douleur importante.

La douleur chronique est parfois particulièrement difficile parce qu’elle est invisible aux yeux des autres.

Cela peut entraîner de l’incompréhension.

On peut entendre :

« Tu as l’air bien. »

« Tu fais quand même tes activités. »

« Ça ne paraît pas que tu souffres. »

Pourtant, vivre avec une douleur persistante demande parfois beaucoup d’énergie, d’adaptation et de courage.

La douleur mérite d’être entendue, même lorsqu’elle ne se voit pas.

La souffrance morale et la douleur émotionnelle

Il existe aussi des douleurs qui ne se situent pas dans une partie précise du corps.

Un deuil, une séparation, une perte importante, une rupture de lien, un bouleversement de vie ou une grande détresse peuvent provoquer une souffrance morale profonde.

Cette douleur est plus difficile à mesurer. On ne peut pas toujours lui attribuer un chiffre précis sur une échelle de 0 à 10, et pourtant elle peut être très intense.

Elle peut se manifester par une sensation de vide, une oppression, des pleurs, de l’insomnie, de l’anxiété, une perte d’appétit, de l’épuisement ou même certaines manifestations physiques.

La douleur émotionnelle mérite elle aussi d’être reconnue et entendue. Elle fait partie de l’expérience humaine et peut avoir un impact réel sur la santé globale et la qualité de vie.

La douleur en fin de vie

L’évaluation de la douleur prend également une dimension particulière en soins palliatifs et en fin de vie.

Durant ma carrière en santé, j’ai accompagné plusieurs personnes dans ces moments.

Lorsqu’une personne peut communiquer, il est possible de lui poser les mêmes questions :

où avez-vous mal?
comment décririez-vous cette douleur?
qu’est-ce qui l’aggrave?
qu’est-ce qui vous soulage?

Mais lorsque la communication devient plus difficile, l’observation prend une grande importance.

Certains signes peuvent nous aider à reconnaître une douleur ou un inconfort :

  • expression du visage;
  • agitation;
  • gémissements;
  • changements dans la respiration;
  • mouvements de protection;
  • modification du comportement.

Dans ces moments, l’objectif n’est plus seulement de mesurer la douleur, mais surtout de préserver le confort et la dignité de la personne.

Apprendre à mieux connaître sa propre douleur

Observer sa douleur ne signifie pas devenir obsédé par elle.

Il s’agit plutôt de devenir un meilleur témoin de ce qui se passe dans son propre corps.

Plus nous sommes capables de décrire précisément ce que nous ressentons, plus nous pouvons participer activement aux décisions concernant notre santé.

Vous pouvez simplement commencer par noter :

Où?
Depuis quand?
Quelle intensité?
Quelle sensation?
Qu’est-ce qui l’aggrave?
Qu’est-ce qui la soulage?

Ces quelques informations peuvent déjà faire une grande différence lors d’une consultation.

En conclusion

La douleur est complexe. Elle touche le corps, mais elle peut aussi influencer le sommeil, les émotions, les relations, l’autonomie et la qualité de vie.

Apprendre à mieux l’observer et à mieux la communiquer est une première étape importante vers une prise en charge plus adaptée.

Et surtout, rappelons-nous ceci :

Une douleur n’a pas besoin d’être visible pour être réelle.

Guylaine Berthelette
Auteure et professionnelle de la santé retraitée
Créatrice de Cœur Sacré